On his ORYNX-IMPROV’ANDSOUNDS blog Jean-Michel just shined his light on our 3CD live compilation LIVE AT PLUS-ETAGE, VOL 1. This triple album is available here.

“Un Plus Etage dans une petite ville qui n’est ni entièrement néerlandaise, ni entièrement belge, bien que située au nord de la frontière belgo – néerlandaise. Baarle-Hertog et Baarle-Nassau. Enclaves incluant des Exclaves qui contiennent parfois des Enclaves parmi lesquelles le résident belge a son jardin contigu aux Pays Bas. Et l’aubergiste sert ses clients dans les deux pays : la frontière est délimitée par des traits de peinture à même le sol de la salle séparant les tables installées soit aux Pays-Bas, soit en Belgique. Peut-être que l’Étage mentionné est apatride…
Charlotte Keefe est une trompettiste inspirée de la scène Britannique qui s’est fait entendre et enregistrer depuis plusieurs années. Andrew Lisle est un fidèle d’Alex Ward, Dan Thompson, Colin Webster etc… En se servant de son solide bagage de batteur de jazz, Andrew Lisle insuffle une trame vivante et musicale à des enchaînements – tuilages de figures de batterie, de frappes variées sur les fûts et le bord de sa caisse claire, des vibrations sonores en rythmes libres, pulsations rebondissantes. Charlotte Keefe zigzague au travers de fragments de mélodies, sussurrations, déchirures du timbre, écrasements de notes, effets de souffle et de pistons, vocalisations : un langage et une grammaire free face au drumming de son compagnon, à mi-chemin entre le dialogue et une fonction de support polyrythmique. Une approche plus structurée et différente des percussionnistes pointus de la libre improvisation : les Paul Lovens, Paul Lytton ou Roger Turner ou John Stevens avec son kit réduit du S.M.E. Saluons le timing, la précision et la cohérence de sa prestation et la foison de figures pulsatoires déclinées ici tout au long d’une prestation de 50 minutes qui tient la route. Présence inspirante pour Charlotte Keefe, toute entière à explorer son instrument dans l’orbite du feeling rythmique instillé par le batteur. Je ne sais pas s’il s’agit d’un duo fixe ou d’une association ad-hoc dans le cadre de tournées respectives des sept musiciens enregistrés lors de ce concert du 29 Avril 2022. De toute façon, ce sont d’excellents musiciens et des improvisateurs émérites qui assurent une belle performance.
Stefan Keune. Alors, un message pour les fanatiques de feu Peter Brötzmann, de Mats Gustasson ou d’ Evan Parker, voici un sérieux client qui a mis un temps infini à s’imposer un (tout petit peu). Lors d’une interview d’Evan Parker au sujet des collègues plus jeunes dont il se sent proche esthétiquement, celui-ci n’a pas hésité à citer Stefan Keune en premier lieu, Stefan jouant alors régulièrement avec son ami, le guitariste John Russell (cfr Frequency and Use / Nur Nicht Nur). Le trio du CD2 a une instrumentation similaire sax guitare violon à celle du trio de Russell avec Phil Durrant et John Butcher, autre saxophoniste proche de Parker. À l’alto, le britannique Benedict Taylor, un collaborateur régulier du belge Dirk Serries, le troisième homme du groupe et responsable du label a new wave of jazz. Stefan Keune nous fait l’honneur de jouer ici exclusivement du sax sopranino, un instrument malaisé à manipuler, surtout si un quidam saxophoniste voudrait réitérer les exploits sonores de cet improvisateur germanique exceptionnel. Son articulation en double et triple détachés, déchiquetant le timbre et la texture normale de son biniou « jouet » , des extrêmes aigus quasi inatteignables grâce à la magie des harmoniques qui sifflent et tintent au-delà du registre le plus élevé. Confiez un sax sopranino à un saxophoniste professionnel (même diplômé du Conservatoire) pour en jouer au pied levé, la grande majorité d’entre eux vont décliner l’offre. Cet instrument requiert un entraînement spécifique pour en contrôler le souffle avec de nombreux intervalles de clés différents, son intensité, sa justesse, sa fluidité et la capacité dynamique entre le pianissimo le plus doux jusqu’au forte le plus puissant. Bonne chance ! Parmi les élus, Anthony Braxton, feu Wolfgang Fuchs et Lol Coxhill, Michel Doneda et mon copain Jean-Jacques Duerinckx. À ses côtés, l’altiste Benedict Taylor, le phénomène des gammes microtonales en glissando inspirées des violonistes de Raga d’Inde du Nord à la projection sonore impressionnante, sculpte la vibration boisée de l’âme de l’alto (un instrument plus difficile à maîtriser) avec une attaque audacieuse de l’archet sous tous les angles et une variation maniaque dans l’intensité de la pression des notes sur la touche ou dans les frôlements à peine audibles… Un des excellents violoneux de l’improvisation qui comptent dans l’univers de l’improvisation en Grande-Bretagne. Avec ces deux lascars intrépides, rien de tel que la gratte bruissante munie du sacro-saint chevalet qui fait résonner et trembler les cordes raclées, grattées, frictionnées avec autant de circonspection que d’énergie par Dirk Serries. Acoustique, bien sûr. On navigue ici dans les eaux pointillistes, l’abstraction formelle, les techniques alternatives qui transforment et altèrent définitivement l’instrument, ses conventions et ce pourquoi il a été conçu. « English disease », improvisation libre radicale British des John Stevens, Derek Bailey, Evan Parker, Paul Rutherford, Phil Wachsmann, John Russell, Roger Smith etc…. Une véritable dérive dans un paysage sonore imprévisible, exploratoire de sonorités improbables, de flux explosés, découpés par des zones de silence qui font partie intégrante de la musique. Par comparaison, le duo précédent de Keefe & Lisle semble avouer une relative fidélité au jazz moderne.
Avec la pianiste belge Martina Verhoeven et le contrebassiste Gonçalo Almeida, on revient un peu sur terre au CD2. Vous imaginez un piano, l’instrument bourgeois de la musique classique et ses 88 touches en tons et demi-tons sur les douze notes de la gamme tempérée, devoir s’intégrer dans la foire d’empoigne du trio Keune Taylor Serries ? Mais nos deux artistes nous avaient préparé une belle surprise en duo de contrebasses avec un départ minimaliste, relativement répétitif, sons ténus, frottements éthérés de la contrebasse, sciages , pizzicatos. Ambiance mystérieuse, graves bourdonnants, glissandi vers le soubassement des cordes, vibrations boisées grinçantes, frappes de l’archet, aigus flûtés ou nasillards au bord du chevalet. Et petit à petit s’imposent les contrastes débridés, les changements abrupts de registres, de tessitures, approfondissant le mystère et la frénésie ludique. Voilà une démarche appropriée pour que la musique de ce troisième set sonne aux antipodes des musiques des CD 1 et 2 et offre une toute autre esthétique, même si la performance est parfois un peu longue (qui n’essaie rien n’aura jamais rien). Elle rebondit aussi avec une belle énergie Vous n’imaginez pas conserver l’intérêt et l’attention du public durant deux heures et demie si la musique reste dans un statu quo esthétique et sonore. Un excellent témoignage d’une manière subtile de réussir un concert d’un soir, un partage éphémère d’instants merveilleux.
Ce qui est extraordinaire : les trois albums de cette chronique contiennent la participation inspirée de trois “altistes” ou “violonistes” alto ….” Orynx-Improv’AndSounds – Belgium
You must be logged in to post a comment.