HUNT AT THE BROOK AGAIN / HUNT AT THE BROOK WITH NEIL METCALFE (2xcd, A New Wave Of Jazz 2023). Order here.

“Hunt at the Brook Again / Hunt at the Brook with Neil Metcalfe est la suite de Hunt At The Brook, le premier disque du trio de Tom Jackson (clarinette), Benedict Taylor (alto) et Daniel Thompson (guitare acoustique archtop) publié en 2015 par le label FMR, un trio dans la pure “tradition” de l’improvisation British, la manière du guitariste faisant plus qu’évoquer celles de son ami John Russell ou du Derek Bailey acoustique . Ces trois musiciens ont multiplié les albums en duo avec l’un et l’autre. Daniel Thompson a enregistré t’other en compagnie de Benedict Taylor (Empty Birdcage) et tous deux, Compost avec le clarinettiste Alex Ward (CRAM). On retrouve Thompson et Jackson avec le trompettiste Roland Ramanan dans Zubeneschamali (Leo Records) et dans Nauportus avec le percussionniste Vic Drasler (Creative Sources). Taylor et Jackson ont oublié aussi Songs From Badly -Lit Rooms (Squib Box). Quant au flûtiste Neil Metcalfe qui s’adjoint en quartette dans le CD 2 avec cette fine équipe, on le retrouve dans deux albums en trio et en duo avec Daniel Thompson : Garden Of Water And Light (FMR) et Eight Improvisations (Creative Sources). Ces trois improvisateurs poussent l’art d’improviser aux sommets de leurs facultés et de leurs intuitions avec une authenticité et une sensibilité créatives fascinantes. Tom Jackson est tout en spirales, volutes, sursauts, pépiements avec une qualité de timbre « clarinette classique contemporaine informée par sa pratique du jazz toutes époques confondues » : admirable ! Ses deux acolytes incarnent le courant improvisationnel libre. Daniel Thompson agite ses doigts et son plectre au travers des cordes et de la touche en créant des simultanéités d’angles aigus, d’harmonies excentrées, de pincements et raclements bruitistes, d’ostinatos discrets, de trilles métalliques et d’harmoniques sauvages en favorisant l’interaction tangentielle ou la digression suggestive. Quant au « violoniste » à l’alto, Benedict Taylor, sa manière de presser l’archet sur ses cordes en étirant ses notes évasives et tendues comme si la touche chantait un appel oriental imaginaire. Taylor crée un univers différent quasi « non-occidental » : violon tzigane hypertrophié, notes étirées, saturées, glissantes, serpentines, striages carnatiques, vièle d’Anatolie murmurante au bord du silence, pizzicati puissants et décalés. Leur réunion au sein d’Hunt at the Brook occasionne une musique en trio (sans batterie) parmi les plus distinctives de l’improvisation libre telle que je l’ai découverte au fil des décennies : Rutherford/ Bailey/ Guy (puis Wachsmann), Butcher/ Durrant Russell, Christmann/ Altena/ Lovens, Wachsmann/Beswick/ Wren, etc… Au fil des secondes et des minutes durant six improvisations, ils élaborent une architecture tridimensionnelle, des mouvements métamorphiques qui s’emboîtent, s’échappent et renaissent sous d’autres formes… sous le signe directeur de l’ébat ludique et le partage de l’espace et des sons/ On a de cesse de voir et entendre où cela les mènent, quand ils retombent sur leurs pieds ou s’envolent dans les sphères.
Avec l’inclusion du flûtiste vétéran Neil Metcalfe, on est au-devant d’une surprise. Neil Metcalfe a joué et enregistré aux côtés de John Stevens, Roger Smith, Nick Stephens, Tony Marsh, Paul Dunmall, Paul Rogers, Phil Gibbs, Adrian Northover, Daniel Thompson, Phil Wachsmann. Il est apprécié pour son approche minutieuse et maniaque dans les infimes déplacements – glissements de la note « juste » en adaptant subtilement l’embouchure de son épaisse flûte noire. Tous ses collègues qui ont (acquis) une oreille musicale « absolue » se régalent. En quartet dans le CD 2 , le quartet commence à petits pas émaillés de silences, de frottements lents et nuancés, la clarinette lunaire et la guitare pincée égrenant deux ou trois notes répétées discrètement. La musique se fait petit à petit cascadante, Daniel Thompson accroche les intervalles les plus outrés percutant les cordes assourdies ou en harmoniques de sa six cordes, ravageant la conception du jeu de guitare « atonal ». Tom Jackson spirale avec une articulation magistrale. Entre ces deux pôles pépie la flûte de Neil Metcalfe comme s’il s’envolait de l’Empty Birdcage du label de Thompson. Les séquences s’enchaînent comme les mouvements d’une œuvre pensée et délimitée dont ils n’ont pas à suivre la partition inventant la musique immédiatement sachant précisément comment jouer et inventer au moment opportun et à celui qui surgit sans crier gare. Et sans mimique ni clin d’œil appuyé, le savant dosage étant le maître-mot. Entre les deux souffleurs , on note aussi une empathie profonde et une connivence tant au niveau des sonorités que des légers étirements de notes, infimes glissandi évanescents ou tourbillons de notes évoquant les gazouillis de joyeux volatiles échappés de la volière (Empty Birdcage). La présence active de Neil Metcalfe renforce encore l’excellence du trio devenu quartet et la sagacité collective. La simultanéité de propositions de jeu, de timbres, de lignes, les contrastes les plus suaves ou les plus forcenés, la variété des affects et des suggestions accouche d’un kaléidoscope de l’infini et d’une poésie en écriture automatique, celle des surréalistes. Il en résulte une magnifique expérience d’écoute.” Orynx-improvandsounds – Belgium
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